Nouvelle épreuve pour les seniors du Lignon

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Nouvelle épreuve pour les seniors du Lignon

Message  Admin le Mer 9 Jan - 14:40

Source : Tribune de Genève (09.01.2019)
Une nouvelle épreuve attend les seniors du Lignon
Travaux de rénovationL’immeuble avec encadrement pour personnes âgées doit être refait. Il avait été victime de trois incendies durant l’automne.

Le traumatisme de la nuit d’Halloween est encore bien présent dans les esprits. Ce soir-là, les personnes âgées qui résident au 50-53, avenue du Lignon, à Vernier, ont dû évacuer dans la hâte leur appartement. Le feu a été bouté à des fauteuils roulants entreposés dans le hall. «J’ai eu très peur, frissonne une locataire qui vit là depuis une vingtaine d’années. Je n’avais jamais vu un nuage de fumée aussi épais.»

Les habitants ont pu regagner leur appartement dans la nuit, mais les semaines qui ont suivi le sinistre ont été très difficiles. «C’était épouvantable, raconte une autre locataire. Il y avait de la suie partout. On devait se laver les mains 20 fois par jour.» Âgée de plus de 80 ans, elle redoute désormais un nouveau chamboulement: des travaux de grande ampleur débutent en février. «On va être obligé de quitter notre appartement. Ils vont tout détruire à l’intérieur. Ils ont décidé de tout refaire.»

Appartements vétustes

Retardées en raison du sinistre, ces rénovations s’annoncent délicates. Pas moins de 144 appartements de cette emblématique barre d’immeuble du Lignon sont concernés. Mais, surtout, la quasi-totalité des locataires sont âgés, de 70, 80, voire 90 ans et plus. Certains sont à mobilité réduite. Ils vivent depuis des années dans cet «IEPA», un immeuble disposant d’un encadrement spécifique assuré par l’Institution genevoise de maintien à domicile (Imad). «Vous ne vous rendez pas compte de ce que ça signifie, pour des personnes de notre âge, de devoir changer d’appartement, de vivre constamment entouré de bruit et de poussière», appréhende cette habitante.

Voilà deux ans que l’Imad a interpellé le propriétaire au sujet de la vétusté de ces appartements. Avant l’incendie, les locataires ont longtemps appelé de leurs vœux ces rénovations. Leurs habitations ne sont plus vraiment adaptées et provoquent des désagréments au quotidien. «Les stores sont de travers. Les fenêtres bloquent. S’il y a de la pluie, les boiseries gonflent, et je ne peux plus ouvrir», témoigne la locataire citée plus haut. Et d’ajouter: «L’immeuble est très mal entretenu. Quand je suis entrée dans mon appartement, ils n’ont même pas fait un coup de peinture. Depuis, on nous promet des travaux. Mais rien n’a été fait.»

Baignoires à risque

Cette fois, ça y est. Les appartements vont être complètement repensés. Actuellement, les salles de bains, par exemple, sont toutes équipées de baignoires avec de hauts rebords. «Avec elles, le risque de chute est plus important», relève Marie Da Roxa, directrice générale de l’Imad. Ces baignoires seront donc remplacées par des douches à l’italienne, ce qui facilitera également le travail des aides-soignants.

Les couleurs des appartements vont être adaptées pour les personnes malvoyantes. Les étagères, mises à une hauteur adéquate. Idem pour les prises. Les cuisines seront ouvertes. Toutes les potentielles «barrières architecturales», tels que les paliers, disparaîtront. Les ascenseurs seront rénovés. Il y en a deux: un grand – hors service depuis l’incendie, il devrait être à nouveau opérationnel en février – et un beaucoup plus exigu, qui fait plutôt penser à un monte-charge. Lui ne permet pas d’accueillir plus qu’un déambulateur et une personne (mince). Il ne sera pas agrandi. Enfin, une demande d’autorisation a été faite pour que la buanderie soit déplacée du sous-sol, où elle est délaissée par les locataires, au rez-de-chaussée. «L’objectif est que tout soit le plus fonctionnel possible», résume Marie Da Roxa.

18 millions d'investissements

Propriétaire de l’immeuble, la Fondation René et Kate Block (FRKB) explique ne pas avoir voulu «faire les choses à moitié». «Ce n’est pas une bricole. On refait les appartements de A à Z. Mais ces rénovations étaient nécessaires», déclare Sébastien Nicollet, le président de la fondation. Arrivent-elles trop tard? «L’immeuble était vétuste, mais il était dans les normes. Les fenêtres étaient munies d’un double vitrage.» Sébastien Nicollet souligne que la fondation s’apprête désormais à investir 18 millions. «Cela a pris du temps à se mettre en place, admet-il, mais on a dû faire ça à cinq avec les locataires, l’Imad, les architectes et le Secrétariat des fondations immobilières de droit public.»

Les travaux s’étaleront sur deux ans et demi. Le temps que leur appartement soit refait, les locataires seront déplacés, à tour de rôle, dans un logement «rafraîchi» au sein du même immeuble. Environ vingt d’entre eux ont été laissés vacants exprès. Les habitants pourront ensuite regagner leur propre appartement, huit semaines plus tard environ. Le président de la FRKB indique qu’il aurait été «beaucoup plus simple» – et sûrement moins contraignant pour les locataires – de leur proposer une solution de relogement dans un autre quartier. «Rénover l’entier de l’immeuble en un coup aurait pris douze mois au lieu de trente. Mais tous les résidents ont fait part de leur attachement pour Le Lignon, alors on a privilégié cette solution», explique Sébastien Nicollet, ajoutant que la fondation prendra à sa charge l’organisation et le coût des déménagements.

D'autres rénovations à venir

La rénovation du 50-53, avenue du Lignon s’accompagne d’un suivi. «Ce sont des personnes que ne pouvez pas déplacer comme cela», note Marie Da Roxa, de l’Imad. De concert avec le propriétaire, l’institution a organisé deux séances d’information, la première en 2017, dans le but de rassurer les locataires. À partir du mois de mars, ils seront vus individuellement par des intervenants sociaux. La possibilité leur a également été donnée de visiter un appartement témoin, au 11e étage.

Ces travaux ont valeur de test. D’autres immeubles «IEPA» vont être rénovés dans les années qui viennent. Après Le Lignon, la FRKB devra s’attaquer aux appartements qu’elle détient à l’avenue du Bois-de-la-Chapelle, à Onex. L’immeuble «IEPA» des Champs-Fréchets, à Meyrin, devra également être repensé car il ne dispose pas de chambre pour les veilleurs, ni de salle à manger, ni d’aucune salle commune pour les animations. Une nouvelle fois, Le Lignon et ses habitants font office de pionniers. (TDG)
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